Il disait quitter sa peau chaque 1er juillet

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Du désoeuvrement

Les passants, pour la plupart, croyaient qu’elle avait mené une vie de couturière. D’autres la croyaient mécanicienne de troisième génération.

 

Tout cela la faisait rire. Elle se contentait de dire qu’elle façonnait son désoeuvrement avant d’écrire quelques mots, sans hâte.

 

Aujourd’hui, elle écrivait, sur un bout de papier rose : « Entre deux orages, acheter une aubergine. »

De l’asphalte

Elle ne pouvait pas dire qu’elle habitait la ville, ni même le quartier. Elle vivait dans ce qu’elle appelait une bruyance d’asphalte et de verduré qu’époussetaient parfois des voisins et où jouissaient et soupiraient, devant et derrière des murs de gris, des corps qui n’étaient pas le sien.

Les vingt-quatre

[Suite de La ville et ses manifestations. Série 2 des Dérives.]

 

C’est une journée où… rien. C’est une journée où rien ne dépasse de la routine jusqu’à ce qu’un chevelu de la couronne, monté sur des Doc Marten’s fuchsia, lance ça sent la vieille caisse, icitte! Une de vingt-quatre, avec de la mousse, du pétillant pis des chihuahuas à manicles! Ça commande le lever des yeux, la prise d’une grande bouffée de l’air qui emplit cet autobus ordinaire de la ligne 24. C’est à ce moment précis que ça se met à dépasser devant, à gauche et à droite : deux emos qui sentent le Downy; une cogneuse de clous dont la tête menace de sortir par la fenêtre ouverte à toutes les quatre secondes et trois dixièmes; un gamin qui tète son gros orteil, son pied, les deux; un tricoteur excédé saupoudrant le bus de j’ai perdu ma maille, perdu ma maille, j’ai la moutarde au nez; la voisine, tendue, de la cogneuse; un autre gamin qui tète un autre talon; des bottes Sorel à 32°C; une sœur grise qui porte une casquette des Sénateurs; un chauffeur qui demande à ses passagers si quelqu’un descend à Panet et qui les fixe, dans son rétroviseur, durant sept secondes de silence; un homme qui entre, regarde le chauffeur et lui hurle « I’m lost as fuck »; un cycliste qui brandit un concombre à l’endroit du chauffeur; une adolescente, conseillée par son amie, qui recherche Ryan Reynolds dans Google Images; une enfant somnolente qui joue dans les cheveux de sa grand-mère rousse et bouclée; un plant de géraniums sur un strapontin; une flasque d’aluminium brossé sous la bretelle d’un soutien-gorge; un clown triste; un parapluie Dora oublié sous un banc; la possibilité d’une rixe; une armoire à glace et sa perruche; une cycliste en sardine, sur Sherbrooke, qui crie j’ai-tu l’air d’un courge, crisse; une boxeuse qui texte à l’index; un garçon qui garde jalousement un plein sac de barbe-à-papa; une femme de papier froissé qui sort du bus, lentement, avant de faire une révérence au chauffeur.