«… collés les uns aux autres.»

«Aimer les gens. Ce ne serait pas l’effet de notre bonté, ou pour accomplir notre devoir. Ce ne serait pas non plus, guidés par un quelconque instinct grégaire, pour nous frotter à eux, pour respirer leurs odeurs. Un pareil amour serait tenace. Il ne procéderait pas d’un serment réfléchi et, cependant, il ne serait pas inscrit dans une fatalité organique. Il unirait la spontanéité et un libre choix à l’image de notre personne. Il nous enchanterait: nous n’imaginerions pas un monde privé de visage. Une journée heureuse serait celle où nous aurions accueilli et prodigué des signes de politesse, d’amitié, et où, cependant, nous saurions en être les spectateurs d’un œil amusé, prouvant par là que nous ne nous comportons pas comme les membres d’un clan collés les uns aux autres. […]
Quand on aime les gens, il y a des actes ignobles que jamais on ne commettra, des silences lâches auxquels jamais on ne consentira. Alors on ne supporte pas que certains êtres soient bafoués sous prétexte qu’ils sont différents et que, malgré leur modeste, si modeste condition, ils constituent une menace pour le corps social.»

Pierre Sansot, Les vieux, ça ne devrait jamais devenir vieux, Payot & Rivages, coll. «Petite bibliothèque Payot», Paris, 2001 [1995], p. 181 et 185.

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