De l’acquittement

Elle ne se demandait plus pourquoi elle le faisait – saisir une couverture, la rouler, prendre un fruit, l’emballer dans un mouchoir de coton –, mais les jours gris et secs, elle se disait qu’il n’y avait que cela à faire. Elle prenait alors le sentier dallé menant à la porte de la clôture, empruntait le trottoir en s’assurant de ne pas écraser les coquilles d’escargots innombrables qui le peuplaient, puis elle arrivait, sans trop savoir combien de détours elle avait pu faire, au parc.

Elle trouvait alors un arbre, la plupart du temps un peuplier, auprès duquel elle dépliait la couverture. Le mouchoir de coton était déplié, le fruit saisi du bout des doigts, touché du bout des lèvres.

Et lorsque les feuilles tendres, au-dessus d’elle, se mettaient à bruire, elle posait ce qui restait du fruit sur l’herbe rase – offrande au grouillement du sol et du ciel. La couverture était secouée légèrement avant d’être enroulée à nouveau. C’est sans mot dire qu’elle rentrait chez elle, à temps pour l’heure du thé qui était l’événement de toutes les heures.

Sa présence au parc, pour un moment à peine, était un acquittement de la vie ordinaire.

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