De quelques provisions

Elle ne faisait que rarement part de ses opinions. Plutôt, elle trouvait un certain goût pour les suggestions de nature particulière.

 

Ainsi, à la libraire du quartier qu’elle croisait presque à chaque semaine, elle disait : « Il serait de bon augure d’aller cueillir nous-mêmes nos oranges – près d’une rivière charroyant l’odeur d’un lilas ou deux, préférablement. Et, advenant que le temps soit clément, je propose d’en faire confire les écorces. Cela serait une manière de recueillement. Qu’en dites-vous? »

 

La libraire, qui croyait fermement que tout avait déjà été lu et que tout projet était la relecture de ce qui n’avait pas encore eu lieu, disait que ce serait une belle façon de se poser. Puis, avant de quitter, elle ajoutait, le plus sérieusement du monde : « Je vous donne donc rendez-vous à la page soixante-dix-sept. Cela nous laissera amplement le temps de préparer le thé et quelques provisions. »

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