«… Et si aimer…»

«Et si aimer, c’était simplement se réjouir de l’autre?»

 

Peter Handke, Hier en chemin. Carnets, novembre 1987-juillet 1990, trad. de l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay, Éditions Verdier, coll. «Der Doppelgänger», Lagrasse, 2011, p. 336.

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«… collés les uns aux autres.»

«Aimer les gens. Ce ne serait pas l’effet de notre bonté, ou pour accomplir notre devoir. Ce ne serait pas non plus, guidés par un quelconque instinct grégaire, pour nous frotter à eux, pour respirer leurs odeurs. Un pareil amour serait tenace. Il ne procéderait pas d’un serment réfléchi et, cependant, il ne serait pas inscrit dans une fatalité organique. Il unirait la spontanéité et un libre choix à l’image de notre personne. Il nous enchanterait: nous n’imaginerions pas un monde privé de visage. Une journée heureuse serait celle où nous aurions accueilli et prodigué des signes de politesse, d’amitié, et où, cependant, nous saurions en être les spectateurs d’un œil amusé, prouvant par là que nous ne nous comportons pas comme les membres d’un clan collés les uns aux autres. […]
Quand on aime les gens, il y a des actes ignobles que jamais on ne commettra, des silences lâches auxquels jamais on ne consentira. Alors on ne supporte pas que certains êtres soient bafoués sous prétexte qu’ils sont différents et que, malgré leur modeste, si modeste condition, ils constituent une menace pour le corps social.»

Pierre Sansot, Les vieux, ça ne devrait jamais devenir vieux, Payot & Rivages, coll. «Petite bibliothèque Payot», Paris, 2001 [1995], p. 181 et 185.

«… comme jamais… »

« Souviens-toi de gens que tu as trouvés rassemblés sans qu’ils aient encore partagé une heure. Par exemple des parents qui se rencontrent dans la chambre mortuaire d’un être vraiment cher. Chacun, à ce moment-là, vit plongé dans son souvenir à lui. Leurs mots se croisent en s’ignorant. Leurs mains se ratent dans le désarroi premier. – Jusqu’à ce que derrière eux s’étale la douleur. Ils s’asseyent, inclinent le front et se taisent. Sur eux bruit comme une forêt. Et ils sont proches l’un de l’autre comme jamais. »

– Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses, trad. de l’allemand par Bernand Pautrat, Allia, Paris, 2010, fragment XIX.

«… l’intimité d’un être étranger…»

«Vivre dans l’intimité d’un être étranger, non pour le rendre plus proche ou le connaître, mais pour qu’il demeure étranger, lointain et même inapparent, au point que son nom le contient tout entier. Puis jour après jour, jusque dans le malaise, n’être rien d’autre que le lieu toujours ouvert, la lumière impérissable au sein de laquelle cet être unique, cette chose demeure à jamais exposée, emmurée.»

Giorgio Agamben, «Idée de l’amour» dans Idée de la prose, trad. de l’italien par Gérard Macé, Paris, Christian Bourgois éditeur, coll. «Titres», 1998 [1988], p. 43.

«… l’habileté joyeuse des petits contacts…»

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«[L]’unité ne doit pas tant au grandiose de la construction, à la charpente identifiable de la trame, qu’à l’habileté joyeuse des petits contacts, des reprises infimes et presque illusoires, à la trame des répétitions qui persistent sous chaque différence.»

PAVESE, Cesare. 1958. Le métier de vivre. Trad. de l’italien par Michel Arnaud. Paris: Gallimard, p. 43.