Cendrier saisonnier

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Des mûres

[Série 2 des Dérives. Suite de Sous l’oeil attentif de culturistes bien huilés.]

Un type à l’orgueil pectoral se pavane sur l’avenue du Mont-Royal. Avant de pénétrer dans la fruiterie, il dépose un sac à l’entrée, en sort un t-shirt impeccablement plié, l’enfile. À une passante qui le regarde, il explique : « Voyez, c’est pour éviter que les mûres ne se jettent sur moi! »

Je n’habite pas encore tout à fait le Plate

[Série 3 des Dérives. Suite de Je n’habite pas encore tout à fait Hochelaga.]

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Le 27 mai 2016 j’ai traversé Ontario, suis allé vers le faux Nord de Montréal pour m’installer sur le Plate. Remarques en vrac :

  • J’en suis encore à chercher les interrupteurs et les gradateurs près du cadrage des portes, la nuit.
  • J’hésite encore, devant les tiroirs de la cuisine, quand je cherche les cuillères à mesurer.
  • J’ai troqué mes rues habituelles par des Érables, Mont-Royal, Marie-Anne, Lafrance, Parthenais et Rachel et quelques ruelles qui ont probablement des noms – qui me sont encore inconnus.
  • Lave-vaisselle = sorcellerie.
  • J’hésite encore lorsque vient le temps de donner mon adresse, mais je connais mon code postal par cœur grâce à une mnémotechnique douteuse : « Hashtag : deux sucettes ».
  • Avant que les vacances d’été ne commencent, j’ai entendu pour la première fois depuis longtemps la clameur des enfants jouant dans les cours d’école, le midi.
  • Le craquement des planchers me donne l’impression d’avoir vingt livres de plus. Disons : un surplus de présence.
  • Sur le Plate, on raconte qu’un enfant, par trois fois, a coulé un bronze dans la ruelle.
  • Le matin, j’entends parfois des cornes de brumes en provenance d’Hochelaga.
  • Je marche plus qu’avant. J’annote, oui, mais j’ai un goût de fiction dans la bouche.
  • Tout cela est anodin; tout cela est important.

 

*

 

Le plate. C’est comme ça que le grand-père nommait le plateau de ses terres. C’était une vaste étendue, à l’ouest du ruisseau (et plus tard le marais) Trépanier. Le frère et moi, gamins, nous nous faisions régulièrement interdire d’y aller : ces jours-là, le taureau régnait en haut de la côte – une chambre à ciel ouvert jonchée de replis invisibles.

 

Mon ancrage, ici, sera une affaire de pelures d’oignon. Une affaire de dissimulation, de chaleur et de patience.