Des coutures

Avec l’arrivée du printemps, elle avait recommencé à marcher. D’abord jusqu’à sa boîte aux lettres, fixée à la clôture de fer basse qui sépare les herbes folles du trottoir poussiéreux, puis jusqu’au coin de la rue. Et puis… après avoir parcouru quelques centaines de mètres, elle s’arrêtait, regardait les houppiers pour retrouver une manière de nord.

 

Parfois elle s’assoyait sur un banc, mains jointes sur ce qu’il lui restait de cuisses, jusqu’à ce qu’un passant lui demande où elle résidait. Chaque fois, elle répondait : « Je connais très bien l’endroit où j’habite, mais j’essaie, de temps à autres, d’en habiter l’envers. »

Publicités

Du désoeuvrement

Les passants, pour la plupart, croyaient qu’elle avait mené une vie de couturière. D’autres la croyaient mécanicienne de troisième génération.

 

Tout cela la faisait rire. Elle se contentait de dire qu’elle façonnait son désoeuvrement avant d’écrire quelques mots, sans hâte.

 

Aujourd’hui, elle écrivait, sur un bout de papier rose : « Entre deux orages, acheter une aubergine. »