Du passage

Elle avait recommencé à se bercer sur la véranda. Son bercement pouvait durer des heures durant et, entre une gorgée d’orange pekoe et une bouchée de biscuit Normandie, elle se penchait, frêle, sur une table constellée de morceaux de casse-tête. Elle déplaçait un morceau, en retournait un autre, emboitait ceux-ci ou ceux-là.

 

Le quincailler, de passage, s’approcha, pointa deux pièces du puzzle avec l’un de ses gros index. Elle releva légèrement la tête, hocha du chef, et dit : « Il ne faut pas s’en faire pour moi, je passe le temps. » Ce à quoi il répondit : « Je le sais… Et cela me paraît fort noble. »

 

Il reprit sa marche et lança, pour lui-même et pour personne : « Quand le temps se lousse, faut pas trop serrer la vis. »

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